Stratégies d'épargne et conseils financiers

PER après 60 ans : avantages fiscaux et stratégies

Bernard, ancien conseiller patrimoine
Par Bernard 22 juin 2026  ·  6 min de lecture

Le Plan Épargne Retraite (PER) est le placement vedette de la dernière réforme des retraites. Lancé en octobre 2019, il a remplacé les anciens PERP et Madelin avec une promesse simple : défiscaliser ses versements aujourd’hui, pour récupérer son capital ou des rentes à la retraite. Mais après 60 ans, la stratégie change.

À retenir : verser sur un PER après 60 ans peut faire baisser votre impôt de plusieurs milliers d’euros par an, à condition d’être encore dans une tranche marginale d’imposition à 30 % ou plus. En dessous, l’intérêt fiscal devient marginal.

Comment fonctionne le PER en 2026

Le PER se décline en trois compartiments. La majorité des seniors ouvrent un PER individuel, que l’on peut souscrire en banque, en assurance ou en ligne. Le principe : vous y versez de l’argent quand vous voulez, et ces versements sont déductibles de votre revenu imposable dans la limite d’un plafond annuel.

Le plafond de déduction pour 2026 dépend de votre situation :

Situation Plafond de déduction 2026
Salarié (10 % du revenu imposable) Max 37 094 €
Retraité (10 % du PASS forfaitaire) 4 637 €
Indépendant 10 % du bénéfice imposable + 15 % au-delà du PASS

Un retraité peut donc déduire jusqu’à 4 637 € par an, ce qui correspond à environ 1 400 € d’économie d’impôt pour quelqu’un dans la tranche à 30 %.

Le PER est-il toujours intéressant après 60 ans ?

La réponse honnête : oui, mais uniquement si votre taux marginal d’imposition (TMI) est supérieur à 30 %. Voici pourquoi.

Le mécanisme du PER repose sur un arbitrage fiscal : vous économisez l’impôt à l’entrée (au moment du versement), mais vous le payez à la sortie (au moment du retrait). L’opération n’est gagnante que si vous êtes plus fortement imposé à l’entrée qu’à la sortie.

Votre TMI actuel Pertinence du PER
11 % Peu intéressant. Préférez l’assurance-vie.
30 % Intéressant si vous comptez baisser de tranche après le départ à la retraite.
41 % Très intéressant. Le gain fiscal est massif.
45 % Excellent levier. Optimisation maximale.

La règle d’or que je donnais en cabinet : si vous étiez dans la TMI à 41 % en activité, et que vous prévoyez de baisser à 30 % à la retraite, le PER vous fait gagner 11 % sur chaque euro versé. Cumulé sur 5 ans de versements à 8 000 € par an, cela représente environ 4 400 € d’économie nette.

Versement avant le départ effectif à la retraite

C’est la fenêtre d’opportunité maximale. Tant que vous travaillez encore, vous bénéficiez du plafond salarié (10 % du revenu, max 37 094 €). Cela peut représenter de très grosses sommes déductibles, particulièrement si votre dernière année d’activité voit des primes ou une indemnité de départ.

Stratégie classique : concentrer les versements importants sur les 3 à 5 dernières années avant le départ, quand vos revenus sont au plus haut. Une fois retraité, votre TMI redescend souvent à 30 % ou 11 %, et le levier fiscal du PER s’amenuise.

Versement après le départ à la retraite

Le PER reste accessible après la retraite, mais avec un plafond réduit (4 637 € en 2026). L’intérêt subsiste si :

  • Vous êtes encore dans la TMI à 30 % ou 41 % (revenus locatifs, dividendes, complément d’activité)
  • Vous prévoyez de retirer le capital plus tard, quand votre TMI sera plus faible
  • Vous voulez optimiser la transmission (le PER bénéficie d’un régime de transmission similaire à l’assurance-vie)

Cas typique pour un retraité bien doté : verser 4 637 € par an au PER, économiser environ 1 400 € d’impôt, et accumuler ainsi du capital qui sera transmis aux enfants sous régime favorable. Sur 10 ans, le couple a transféré près de 50 000 € hors patrimoine taxable, en ayant économisé 14 000 € d’impôt au passage.

Sortie en capital ou en rente : que choisir ?

Le PER permet trois modes de sortie à la retraite :

  • Capital en une fois : vous récupérez l’intégralité de l’épargne. Imposable au TMI sur la part des versements déduits, plus 30 % sur les gains.
  • Capital fractionné : retraits étalés sur plusieurs années. Lissage fiscal utile pour éviter une grosse tranche d’imposition.
  • Rente viagère : versement mensuel ou trimestriel à vie. Imposable au régime des pensions (avec abattement de 10 %), plus prélèvements sociaux sur une fraction.

En pratique, la sortie en capital fractionné est la plus utilisée par les seniors. Elle combine flexibilité (vous décidez du rythme) et optimisation fiscale (vous lissez sur plusieurs années pour rester dans une TMI basse).

PER ou assurance-vie : que privilégier après 60 ans ?

Les deux ont des forces complémentaires :

Critère PER Assurance-vie
Déduction fiscale à l’entrée Oui (jusqu’à 4 637 €/an pour retraité) Non
Liquidité avant 62 ans Bloqué (sauf cas exceptionnels) Disponible à tout moment
Liquidité après 62 ans Disponible Disponible
Fiscalité au retrait Imposable au TMI + 30 % sur gains Abattement annuel 4 600 € (couple : 9 200 €)
Transmission avant 70 ans Abattement 152 500 €/bénéficiaire Idem

Conclusion pragmatique : si vous êtes encore dans une TMI haute, ouvrez un PER pour la déduction. Une fois la TMI redescendue, basculez vos nouveaux versements sur l’assurance-vie. Les deux outils sont complémentaires, pas concurrents.

Les erreurs classiques à éviter

  • Ouvrir un PER en étant en TMI à 11 %. Vous ne gagnez quasi rien à l’entrée, et vous serez imposé à la sortie. Préférez l’assurance-vie.
  • Verser sans tenir compte du plafond annuel. La part qui dépasse n’est pas déductible, et perd son intérêt principal.
  • Choisir un PER bancaire à forts frais. Les frais de gestion dépassent souvent 1 % par an. Privilégiez les PER en ligne (Linxea, Yomoni, Cresus).
  • Sortir en rente sans étudier l’option capital. La rente bloque le capital à vie et ne permet plus de transmission. Le capital fractionné est presque toujours plus avantageux.
  • Négliger la clause bénéficiaire. Comme pour l’assurance-vie, c’est elle qui détermine la transmission. À soigner.

FAQ

Puis-je récupérer mon PER avant 62 ans ?

Oui, mais uniquement dans des cas exceptionnels : achat de la résidence principale, accidents de la vie (invalidité, surendettement, décès du conjoint, fin de droits aux allocations chômage, liquidation judiciaire). Hors ces cas, le capital est bloqué jusqu’au départ à la retraite.

Le PER est-il intéressant pour un non-imposable ?

Non. Si vous ne payez pas d’impôt sur le revenu, la déduction n’a aucun intérêt. Préférez l’assurance-vie ou les livrets réglementés.

Combien de PER puis-je avoir ?

Plusieurs sont autorisés. Beaucoup ouvrent un PER chez un assureur en ligne pour profiter des frais bas, et conservent un ancien PERP ou Madelin transféré sur PER. Le cumul est légal.

Le PER est-il imposable à la succession ?

Avant 70 ans, les versements bénéficient d’un abattement de 152 500 € par bénéficiaire (similaire à l’assurance-vie). Après 70 ans, c’est le régime des successions classiques qui s’applique (avec abattement de 30 500 € global).

Mon employeur a-t-il un avantage à m’inscrire à un PER d’entreprise ?

Oui, et vous aussi. Les versements d’employeur sont exonérés de cotisations sociales (sauf forfait social). Si votre entreprise propose un PER collectif, profitez-en avant la retraite, surtout si l’abondement employeur est généreux.

Bernard

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