Stratégies d'épargne et conseils financiers

Donner de l’argent à ses enfants : règles, plafonds et fiscalité 2026

Bernard, ancien conseiller patrimoine
Par Bernard 22 juin 2026  ·  7 min de lecture

Aider ses enfants ou ses petits-enfants financièrement, c’est un geste naturel qui parle à beaucoup de retraités. Mais entre le don manuel, la donation devant notaire et le présent d’usage, les règles ne sont pas toujours claires. Mal s’y prendre peut coûter cher en droits, ou pire, créer des tensions familiales le jour de la succession. Voici ce que j’ai vu fonctionner, et les pièges à éviter.

À retenir : chaque parent peut transmettre jusqu’à 100 000 € par enfant tous les 15 ans sans aucun droit à payer. Soit un couple peut donner 200 000 € à chaque enfant en franchise totale, et recommencer 15 ans plus tard.

Les différentes manières de donner de l’argent

Avant d’évoquer les abattements, il faut distinguer trois mécanismes très différents juridiquement et fiscalement.

Le don manuel

C’est la forme la plus simple : un virement bancaire, un chèque, une remise d’espèces. Pas besoin de notaire. Le don manuel doit toutefois être déclaré aux impôts par le bénéficiaire dans le mois qui suit la donation, via le formulaire Cerfa n° 2735. Cette déclaration sert à dater officiellement le don, ce qui devient utile en cas de contrôle ou pour faire courir le délai de 15 ans des abattements.

La donation par acte notarié

Obligatoire pour les biens immobiliers, les parts de société, ou pour certaines donations particulières (avec réserve d’usufruit, par exemple). Plus contraignante et plus coûteuse, comptez entre 1 000 € et 3 000 € de frais de notaire pour une donation classique, elle apporte une sécurité juridique forte. Elle est aussi indispensable pour les donations-partages, qui figent la valeur du bien au jour du don et évitent ainsi les conflits entre héritiers à la succession.

Le présent d’usage

Cas particulier souvent méconnu. Il s’agit d’un cadeau offert à l’occasion d’un événement (anniversaire, mariage, naissance, fête de Noël, réussite d’un diplôme). À condition de respecter deux critères : être lié à un événement précis, et rester proportionné à votre patrimoine et à vos revenus. Un présent d’usage n’est ni à déclarer, ni à intégrer dans les abattements. La règle pratique tolérée par l’administration tourne autour de 1 à 2 % de votre patrimoine ou de votre revenu annuel, sans plafond chiffré officiel.

Les abattements fiscaux selon le lien de parenté

Le système français permet de transmettre de l’argent en franchise de droits, mais les plafonds varient selon le lien familial. Tableau récapitulatif pour s’y retrouver :

Bénéficiaire Abattement Périodicité
Enfant 100 000 € par parent, tous les 15 ans
Petit-enfant 31 865 € par grand-parent, tous les 15 ans
Arrière-petit-enfant 5 310 € par arrière-grand-parent, tous les 15 ans
Neveu / nièce 7 967 € tous les 15 ans
Personne handicapée + 159 325 € cumulable avec l’abattement de parenté

Concrètement : un grand-père et une grand-mère peuvent donner ensemble jusqu’à 63 730 € à chaque petit-enfant tous les 15 ans, sans aucun droit. Pour deux petits-enfants, cela représente près de 128 000 € transmis en franchise totale.

Le don familial de sommes d’argent (article 790 G du CGI)

Beaucoup ignorent cet abattement supplémentaire, qui se cumule avec les abattements classiques. Il s’agit d’un don exclusivement en argent (espèces, chèque, virement) que tout parent peut faire à son enfant, petit-enfant, arrière-petit-enfant, ou à défaut un neveu, sous conditions :

  • Le donateur doit avoir moins de 80 ans au jour du don
  • Le bénéficiaire doit être majeur (ou émancipé)
  • Le montant est plafonné à 31 865 € par donateur et par bénéficiaire, tous les 15 ans

L’intérêt : ce plafond s’ajoute à l’abattement classique de 100 000 € pour un enfant. Soit 131 865 € au total transmis sans droits par un parent à chaque enfant, tous les 15 ans. Si vos deux parents sont vivants et ont moins de 80 ans, le couple peut donc transmettre jusqu’à 263 730 € en franchise totale à chaque enfant.

Donner à un seul enfant : ce qu’il faut savoir

C’est légalement possible, mais ça se prépare. Le droit français protège la réserve héréditaire : chaque enfant a droit à une part minimale du patrimoine au moment de la succession. Cette réserve représente la moitié du patrimoine si vous avez un enfant, les deux tiers si vous en avez deux, les trois quarts à partir de trois.

Si l’un de vos enfants a reçu beaucoup plus que ses frères et sœurs, deux mécanismes interviennent au moment de la succession :

  • Le rapport civil : les donations antérieures sont réintégrées dans la masse à partager, pour vérifier que chaque héritier reçoit sa part de réserve
  • L’action en réduction : si la donation excède la quotité disponible, l’enfant lésé peut demander que le don soit réduit en valeur

Pour éviter ces complications, deux solutions pratiques. Soit vous précisez par écrit (acte notarié) que le don est hors part successorale (il s’imputera alors sur la quotité disponible). Soit vous optez pour une donation-partage qui répartit les biens entre tous les enfants de manière équilibrée et fige les valeurs.

Comment optimiser pour transmettre plus

Quelques stratégies que j’ai recommandées à mes clients pendant des années, simples et légales.

Anticiper et fractionner

Commencer tôt à transmettre, et fractionner les dons sur plusieurs périodes de 15 ans. Un couple qui commence à donner à 60 ans peut, en théorie, transmettre près de 800 000 € à chaque enfant en franchise totale avant 90 ans, en utilisant successivement les abattements à 60 ans, 75 ans et 90 ans.

Penser aux petits-enfants

Pour un patrimoine important, transmettre directement aux petits-enfants plutôt qu’aux enfants permet de sauter une génération et de bénéficier d’un abattement supplémentaire (31 865 € par grand-parent). Cela évite aussi que la transmission soit imposée deux fois (parents puis enfants).

Utiliser le démembrement

Vous gardez l’usufruit (l’usage et les revenus d’un bien), vos enfants reçoivent la nue-propriété. À votre décès, la pleine propriété est reconstituée sans nouveaux droits à payer. C’est particulièrement intéressant pour l’immobilier ou un portefeuille d’assurance-vie. L’abattement sur la nue-propriété est calculé sur une valeur réduite (60 à 80 % de la valeur du bien selon votre âge).

Verser sur une assurance-vie

Les sommes versées sur une assurance-vie avant les 70 ans bénéficient d’un régime fiscal séparé à la succession : 152 500 € d’abattement par bénéficiaire désigné. Cumulé avec les abattements classiques, c’est un outil puissant pour transmettre sereinement.

Les erreurs à éviter

  • Oublier de déclarer le don manuel. Sans déclaration, le délai de 15 ans ne commence pas à courir. En cas de contrôle ou de décès, le don peut être réintégré.
  • Donner sans tenir compte de la réserve héréditaire. Cela crée presque systématiquement des conflits à la succession.
  • Confondre présent d’usage et don manuel. Un cadeau trop important pour vos moyens sera requalifié en donation par l’administration fiscale, avec rattrapage des droits.
  • Donner trop tôt sans garder de réserve. La règle d’or que je donnais toujours en cabinet : gardez l’équivalent de 5 ans de besoins courants pour vos vieux jours, le reste peut être transmis.
  • Ne pas tenir de registre. Notez chaque don, sa date, son montant, son bénéficiaire. C’est essentiel pour suivre l’utilisation de vos abattements sur 15 ans.

FAQ

Faut-il déclarer un virement à son enfant aux impôts ?

Oui, dès qu’il dépasse un présent d’usage. Le bénéficiaire utilise le formulaire 2735 sur impots.gouv.fr dans le mois qui suit. C’est gratuit et indispensable pour faire courir le délai de 15 ans.

Peut-on revenir sur une donation ?

Très rarement et seulement dans des cas précis : ingratitude grave du bénéficiaire (violence, injure), inexécution des charges prévues, ou survenance d’un enfant après la donation. Hors ces cas, une donation est en principe irrévocable.

À quel âge faut-il commencer à donner ?

Le plus tôt possible, idéalement entre 55 et 65 ans, à condition de garder de quoi vivre confortablement. Plus vous commencez tôt, plus vous pouvez utiliser plusieurs fois les abattements de 15 ans.

Que se passe-t-il si je donne plus que les abattements ?

Vous (ou plutôt le bénéficiaire) payez des droits de donation, calculés selon un barème progressif. Pour un enfant, le taux commence à 5 % et monte jusqu’à 45 % au-delà de 1 805 677 €. La déclaration et le paiement se font dans le mois suivant le don.

Mes petits-enfants peuvent-ils recevoir une donation si mes enfants sont vivants ?

Oui, c’est ce qu’on appelle une donation transgénérationnelle. Les abattements s’appliquent normalement. Cependant, le rapport civil entre vos enfants doit être respecté : ces sommes peuvent s’imputer sur la part successorale future de leurs parents.

Bernard

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